L’ART DU JAZZ DE TAKESHI OHBAYASHI EN MONGOLIE
Le pianiste, étoile internationale Takeshi Ohbayashi, a offert au public une série de brillantes performances lors de cinq soirées précédant la Fête nationale de Naadam. Ses concerts, coïncidant avec la visite officielle de l’empereur Naruhito en Mongolie, ont apporté un souffle réconfortant à l’esprit d’élégance et d’harmonie culturelle de la terre du Soleil-Levant. Le trio, composé aussi du contrebassiste Ts. Munguntovch et du batteur Kh. Biligjargal, a transformé le principal lieu de jazz d’Oulan-Bator, le Fat Cat Jazz Club, en un havre de jazz d’excellence mondiale.
Le répertoire éclectique a mis en valeur l’ampleur stylistique, la virtuosité technique, la direction organique de l’improvisation ainsi qu’un profond respect pour les racines du genre. À travers des compositions originales, mélodiques et expressives telles que “Beyond Affinity,” “Passing the Horizon,” “Foresight,” “Blues for the Road,” “Untitled Bossa,” “Cill My Landlord,” parmi d’autres, ainsi que des interprétations de morceaux classiques et modernes de jazz, le trio a offert chaque soir une expérience singulière, touchant le cœur, apaisant l’âme et exaltant l’esprit des auditeurs dans ce lieu comblé de public. L’entretien personnel ci-dessous offre un aperçu unique du parcours de maîtrise et de dévotion de Takeshi Ohbayashi à l’art du jazz.
A.J. Pourriez-vous nous parler, s’il vous plaît, des débuts de votre dévotion au jazz. Y a-t-il eu un professeur ou un musicien en particulier qui vous a inspiré ? Quelle expérience a éveillé en vous cette passion pour le jazz ?
T.O. Quand j’étais petit, la musique m’a toujours fasciné, mais je ne pensais pas que je pourrais un jour jouer du jazz, car cela me semblait parfois un peu trop compliqué. Quand j’avais 18 ans, un professeur du Berklee College of Music de Boston est venu au Japon. Un séminaire de jazz de cinq jours a été organisé, auquel j’ai participé dès le premier jour. J’ai pris énormément de plaisir à apprendre auprès d’eux.
Le dernier jour, quand le professeur a donné un concert, ce fut l’un des moments les plus excitants de ma vie. J’ai été profondément touché par la manière dont les musiciens communiquaient sur scène à travers leurs instruments. Il y avait dans leur musique cette chaleur semblable à celle que l’on ressent en écoutant du blues et de la soul. Chacun d’eux brillait par son individualité, et pourtant ils formaient un tout. Ils se soutenaient et se complétaient. C’est ce moment-là qui m’a fait tomber amoureux de cette énergie collective. J’ai alors décidé de partir aux États-Unis pour étudier le jazz.
Mon premier professeur de jazz a été Joanne Brackeen. C’est une pionnière, la première femme pianiste de jazz à avoir rejoint Art Blakey and the Jazz Messengers dans les années ‘70. Je ne connaissais rien au jazz à cette époque-là, mais quand elle m’a donné un cours privé elle m’a dit, “Oh! Toi, tu vas devenir un grand pianiste de jazz !” C’est la toute première chose qu’elle m’a dite. Encore aujourd’hui, ces mots me donnent de l’énergie et la motivation pour continuer, tout simplement, à travailler dur.
J’ai la chance d’avoir l’oreille absolue grâce à ma mère qui est professeure de piano. On pourrait dire que j’ai écouté de la musique en continu depuis que j’étais dans son ventre. Mon père joue de la guitare électrique, mais plutôt du hard rock. Il ne lit pas la musique, mais il joue du blues. J’ai aussi une sœur cadette. Elle est soprano colorature et se spécialise en musique baroque. Elle habite en Italie et chante dans un chœur d’opéra baroque.
J’ai étudié le piano classique de 3 à 9 ans, mais j’ai arrêté parce que je n’aimais pas beaucoup lire les partitions. J’ai continué à jouer à l’oreille, la plupart du temps du J-Pop ou des musiques de jeux vidéo comme Pokémon. Quand je jouais aux jeux vidéo, j’écoutais toujours la musique et j’arrivais à la rejouer au piano de mémoire.
Une fois, j’avais souhaité recevoir un jeu vidéo Pokémon pour Noël, mais le Père Noël m’a offert un CD à la place. C’était de la musique d’un célèbre pianiste de jazz espagnol. J’ai été déçu sur le moment, mais avec le recul, je me rends compte que ce cadeau a joué un rôle important dans mon parcours musical. Je me souviens encore par cœur de toutes les chansons de ce CD.
L’une des meilleures choses dans mes études au Berklee College of Music, c’est que les professeurs formaient une sorte de famille. Ils m’ont appris beaucoup de choses bien sûr mais en général les professeurs considéraient les étudiants comme des musiciens à part entière. Il y avait un professeur qui s’appelait David Santoro, un contrebassiste qui enseignait la théorie du jazz. C’est lui qui m’a permis d’assister à tous ses cours sans être officiellement inscrit. Nous participions à des sessions de jeux musicaux et nous déjeunions ensemble. L’une de mes meilleures expériences à l’université a été de rencontrer des personnes qui partageaient une passion commune pour la musique et l’exploraient ensemble. Le célèbre pianiste Danilo Pérez, reconnu dans le monde entier, a également été l’un de mes professeurs importants. Il partageait toujours sa joie et sa dévotion pour la musique. Donc, plus que l’apprentissage de la technique, c’est surtout leur état d’esprit et leur manière de penser que j’ai absorbés.

Si je m’entraîne, ce n’est pas uniquement pour m’améliorer techniquement, mais aussi pour approfondir et nourrir ma passion pour la musique.
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A.J. En 2016, l’année où vous avez gagné la Compétition prestigieuse de piano jazz de Jacksonville, vous avez sorti votre album Manhattan. Vous êtes ainsi devenu le premier pianiste japonais de jazz à atteindre une telle distinction. Comment cela s’est-il passé ? Quel impact une réussite pareille a-t-elle eu sur vos aspirations créatives, en tant que compositeur et musicien ?
T.O. Dès le début de mes études de jazz, j’ai rêvé de composer la plus belle des mélodies possibles. J’en rêve encore. Je place toujours mon objectif aussi haut que possible, peu importe si je l’atteins ou non – cela me motive.En 2009, j’ai participé à la compétition de Jacksonville et j’ai obtenu la troisième place. La première place a été remportée par Ignasi Terraza, un pianiste espagnol aveugle de naissance. Il jouait merveilleusement bien. Sa musique était si accueillante, si pleine de swing et d’expressivité que le public bougeait avec elle et l’énergie ambiante mettait en valeur son jeu. J’ai trouvé cela vraiment beau. Comme il était aveugle, je me suis dit qu’il devait peut-être entendre la musique d’une façon différente de la nôtre.
Donc, j’ai décidé que je voulais obtenir la première place. Et si un jour j’étais à nouveau accepté parmi les candidats, je voulais vraiment recréer cette même énergie qu’Ignasi avait su transmettre. J’ai fait de mon mieux pour travailler avec la section rythmique mise à notre disposition lors de la compétition. J’ai intentionnellement choisi de jouer une composition originale pour exprimer mon individualité. Puis, pour la deuxième partie, j’ai interprété un standard de jazz à un tempo rapide, afin de montrer ce que j’avais pu atteindre grâce à ma discipline.
Pour le troisième morceau, j’ai choisi un blues lent, simplement pour rappeler que le jazz vient du blues. C’est un genre que j’ai toujours respecté et poursuivi dans mon parcours musical. C’est à ce moment-là que le public afro-américain s’est exclamé : “Yeah! Yes sir! On est à l’église ou quoi ?” et tout le monde a éclaté de rire… J’avais improvisé un blues en si bémol, sans même avoir de thème précis. Et pourtant, quand j’ai terminé, le public est devenu fou.
Voilà donc l’histoire de ma victoire en compétition. Le public afro-américain m’a transmis une énergie incroyable. Ils ont accueilli un musicien asiatique venu d’ailleurs qui jouait la musique de leur culture. C’est quelque chose que je ne dois jamais oublier, car ce peuple noir a traversé des épreuves profondes. Et malgré cela, il ne juge pas selon la race, mais avec leur cœur. C’est exactement ce que je veux faire à travers ma musique : toucher les cœurs, rassembler les gens – tous ensemble.

A.J. Le jazz est un genre relativement nouveau pour les anciennes régions du monde communiste comme la nôtre. Nous continuons à en découvrir la beauté et la liberté d’expression qu’il permet à travers l’improvisation. Selon vous, en quoi le jazz peut-il contribuer au développement de la pensée libre chez les enfants ? Et quelle a été votre impression de la jeunesse mongole lors de votre séminaire au Conservatoire de musique de Mongolie ?
T.O. Les jeunes, dans la vingtaine, se posent souvent la question, Comment puis-je m’améliorer ? J’ai ressenti ce questionnement en Mongolie, mais ce qui m’a particulièrement touché, c’est qu’ils se demandaient aussi : « Comment pouvons-nous progresser collectivement ? Comment rendre notre communauté jazz plus vivante ? » Cela m’a profondément ému. J’ai eu envie de contribuer autant que possible. Lors de mon enseignement au Conservatoire de musique, j’ai senti la même passion pour la musique chez chacun des étudiants. C’était quelque chose de spécial pour moi de pouvoir partager mon expertise avec des musiciens mongols. J’ai essayé de leur rappeler que si je m’entraîne, ce n’est pas uniquement pour m’améliorer techniquement, mais aussi pour approfondir et nourrir ma passion pour la musique.
J’ai rencontré beaucoup de pianistes de jazz au Conservatoire. J’espère qu’ils continueront à s’amuser avec la musique et qu’ils deviendront des musiciens importants pour leur communauté. J’en suis convaincu. L’une des étudiantes m’a dit : « C’est très inspirant d’entendre que vous avez commencé le jazz à 18 ans et que vous avez réussi à New York. Si vous avez pu le faire, je crois que je peux le faire aussi. » C’était formidable d’entendre ça ! À son âge, je n’aurais même pas pu imaginer voyager dans le monde en tant que musicien, jouer avec la plus grande vedette de la pop japonaise, etc.
Quand les jeunes commencent leurs études de jazz, ils découvrent parfois que le monde réel attend autre chose que ce qu’ils ont appris à l’université. À l’école, on enseigne surtout le jazz ancien, comme les standards ou le grand répertoire américain, mais une fois diplômés, ils doivent souvent jouer du hip-hop ou du néo-soul, et manier le synthétiseur et la basse électrique plutôt que des instruments acoustiques. C’est pourquoi, quand je joue avec des musiciens de la jeune génération, je m’assure toujours d’inclure les deux univers dans mon répertoire : les genres anciens comme les plus récents. Dans les années 1990 ou au début des années 2000, les légendes du jazz étaient encore en vie. Si un étudiant était suffisamment talentueux, il pouvait intégrer l’un de leurs groupes, partir en tournée et se former sur scène. De nos jours, il n’y a plus vraiment ce genre de jazz simple et direct. Alors, ce que je voudrais, c’est recréer cette opportunité pour les jeunes musiciens d’aujourd’hui.

A.J. J’ai remarqué que vous êtes non seulement un pianiste accompli, mais aussi un leader artistique talentueux. Pourriez-vous nous parler de votre approche personnelle en matière de direction lors de collaborations avec des musiciens aux parcours variés et issus de cultures différentes ? Par exemple, comment c’était de travailler avec la plus grande vedette de la pop japonaise ?
T.O. Quand j’ai collaboré avec Misia, c’était un spectacle d’un tout autre genre, un véritable show pop. L’approche de ses musiciens était très différente de celle des musiciens de jazz. Mais ils savaient parfaitement comment captiver un public de 10.000 personnes. Misia étant l’une des plus grandes chanteuses du Japon, j’ai presque dû apprendre les relations interhumaines en même temps que la musique. Mais si l’équipe m’a choisi comme directeur musical, c’est justement parce que j’apportais quelque chose de complètement différent de ce à quoi ils étaient habitués.
Ce qui était formidable avec elle, c’est qu’elle était très disciplinée. Elle chantait merveilleusement bien à chaque spectacle. Elle avait aussi accepté que je joue différemment chaque jour. Et à partir de là, elle s’est mise elle-même à improviser davantage après que je suis devenu directeur musical du groupe. Progressivement, tous les autres ont commencé à faire pareil. Bien sûr, il y avait des gens qui disaient : « ne fais pas ceci, ne fais pas cela », mais comme je n’obéissais pas à la lettre à toutes les consignes, certains ont fait comme moi, et cela a parfois créé des moments très intéressants. Ce qui était un peu étrange, c’est que le chef avait sa propre approche, mais que beaucoup des musiciens le comprenaient mal. Alors, tout se résumait à une question d’équilibre. Dans un spectacle de cette ampleur, tout finissait par reposer sur la communication. Il était crucial que chaque musicien prenne le temps de réfléchir par lui-même : “qu’est-ce qu’il a vraiment voulu dire ? Il a dit ne fais pas ça, mais est-ce que c’est vraiment ce qu’il attend au fond ?”
A.J. Il me semble que grâce au jazz et à l’esprit d’ouverture que celui-ci éveille chez les gens, vous avez réussi à élever le niveau de créativité de tout le groupe. S’agit-il d’une forme particulière de gestion à la japonaise ou bien y a-t-il autre chose derrière cette approche ?
T.O. Je pense que la gestion à la japonaise ne repose pas tant sur la hiérarchie que sur la mise en valeur de l’excellence de chaque membre, tout en cherchant à harmoniser l’ensemble, un peu comme une forme de fusion. En réalité, j’ai surtout cette approche des musiciens que j’ai rencontrés à New York. Notre trio s’appelait TBN. Lorsque nous étions en tournée, nous jouions les mêmes morceaux chaque jour. Mais Ben, le bassiste et Nate, le batteur, ne construisaient jamais leurs solos de la même manière. S’ils commençaient leur solo au point A un jour, ils démarraient au point B le lendemain. Chaque soir, j’avais l’impression de découvrir un nouveau paysage. Ils ne restaient jamais dans une zone de confort, à refaire des choses dont ils savaient que ça marchait. Ils allaient toujours là où rien n’était sûr avec une attitude : « voyons où ça nous mène, » et ils trouvaient toujours une solution pour retomber sur leurs pieds, pour arriver quelque part. C’est pour cela que j’ai composé Beyond Affinity. Le groove y est africain, mais l’harmonie est mélodieuse et positive.
Le vrai défi pour moi, en tant que leader du groupe, c’est de toujours réfléchir à ce qu’il faut dire ou ne pas dire. Cette fois-ci, j’ai bien fait de ne donner aucune suggestion musicale à Bilgee et Tovchoo. Ils ont découvert par eux-mêmes ce que je cherchais. Chaque jour ils restaient attentifs à chaque détail. Par exemple, quand je voulais que soudain ils jouent plus doucement, je ne le notais pas sur la partition. Je le jouais simplement de cette manière et ils s’ajustaient tout de suite. J’ai été très reconnaissant envers eux et en même temps très heureux de n’avoir rien dit verbalement et de l’avoir simplement montré par mon instrument. Le plus important, c’est que le public passe un bon moment pendant le concert. J’essaie par tous les moyens possibles de l’amuser, pour que les gens commencent à vraiment aimer le jazz.
Peut-être que cela vient de ma culture. Au Japon, nous vénérons des milliers de dieux. C’est peut-être une façon de penser propre à l’Asie, mais pour créer quelque chose de beau, il faut créer quelque chose de brut, de chaotique. S’il y a de la lumière, il doit aussi y avoir de l’ombre. En tant que créateur musical, je me dois d’honorer les deux aspects. J’ai adoré ces moments où Bilgee et Tovchoo s’arrêtaient soudain de jouer ou jouaient quelque chose de complètement fou. J’ai un profond respect pour ce genre de piment afin que les moments de pure beauté puissent émerger. Cela demande un certain type de liberté et de confiance.Quand je pense aux pratiques religieuses les plus anciennes du Japon, je me rappelle que tout tournait autour de la communication avec la nature… De manière similaire, le jazz offre un éventail infini de possibilités. Si j’en écarte une, je fais disparaître sa chance de se développer. Trop sélectif ou trop contrôlant, je perds cette possibilité. Donc, je veux accepter et apprécier chaque idée et tout ce que j’entends ; je cherche toujours une façon de le faire fonctionner. Peut-être, comme à l’époque pré-shintoïste, où les gens ne croyaient pas en un seul dieu, ni ne suivaient un seul chemin, — moi non plus, je ne veux pas me limiter.


A.J. D’après mon expérience, votre musique était comme recevoir une étreinte chaleureuse. Je pense qu’à une époque où le monde a plus que jamais besoin de tendresse, votre sentiment de paix et d’harmonie dépasse toutes les limites et touche directement l’âme. Quelle impression de la Mongolie remporterez-vous au Japon ?
T.O. Je suis tellement reconnaissant que vous ayez ressenti tout cela dans la musique que nous avons jouée. L’une des principales raisons pour lesquelles j’ai choisi le jazz, c’est que… ce qu’il y a de magnifique avec un instrument acoustique, c’est que je recherche toujours une certaine chaleur dans la musique. Cette chaleur peut venir du timbre créé par l’instrument acoustique lui-même, mais aussi de la passion avec laquelle chaque musicien joue. Donc, quand je joue avec d’autres musiciens, j’essaie de connecter l’âme et la créativité de chaque membre du groupe. Le groupe porte mon nom, Takeshi Ohbayashi Trio, mais je tiens à ce que ses trois membres soient aussi des leaders. Quand chacun peut s’exprimer et proposer de belles idées, c’est là que le jazz devient vraiment magique.
Quand j’avais sept ans, en deuxième année de l’école primaire à Hiroshima, nous avons appris un poème écrit par un auteur japonais dans les années 1960. Il était basé sur une ancienne histoire mongole à propos d’un cheval. Cette même année, un chanteur de khöömii est venu – je pense qu’il a aussi joué du morin khuur – mais il n’a chanté qu’une seule fois.
Quand Tovchoo a joué un solo de basse (mon thème reposait sur une structure simple d’accords mineurs) j’ai ressenti et entendu des choses que je n’avais jamais entendues auparavant de sa part. Sa manière de créer une mélodie et un rythme m’ont profondément touché. Je suis entré dans son univers, j’ai essayé d’être dans le même monde que lui. Et c’était un moment vraiment spécial pour nous, venant de cultures asiatiques, de redécouvrir notre héritage à travers la musique occidentale. Peut-être à un tel moment se construisent des ponts entre l’Est et l’Ouest. C’est très empreint d’âme. Mais la profondeur de l’âme n’a pas besoin de ressembler au blues américain. Nous venons de différentes régions du monde : lui, un Mongol à Munich ; moi, un Japonais aux États-Unis – et nous nous sommes retrouvés à Oulan-Bator, ramenant avec nous notre expérience de l’Occident.
Quelque chose de nouveau a fleuri. Avec Tovchoo et Bilgee, nous découvrions quelque chose de nouveau chaque soir, et pour moi, collaborer avec eux était une véritable joie. Ce que je trouve fascinant, c’est que cette jeune génération ait créé un club de jazz aussi incroyable. La communauté des jeunes musiciens ici est vraiment solide, ils se respectent profondément et se soutiennent mutuellement. C’est cela que je ramènerai avec moi au Japon : la manière dont la jeune génération mongole apprécie le jazz et travaille dur pour faire grandir collectivement leur culture.
Alors que la jeune scène de jazz en Mongolie s’épanouit, la musique de Takeshi Ohbayashi nous rappelle que la véritable maîtrise ne réside pas seulement dans la virtuosité technique, mais dans la chaleur de la connexion — une étreinte sincère, transmise à chaque note. Comme le disait sa toute première professeure de jazz, Joanne Brackeen : « Le jazz, c’est être soi-même. C’est ce que tu es — tes pensées, tes émotions, tes expériences. C’est ta vérité. » À travers chaque mélodie, Takeshi nous montre que lorsque les musiciens partagent leur vérité, ils ne créent pas seulement de la musique, mais un pont vivant entre les cultures, les générations et les cœurs — une note pleine d’âme à la fois.
Takeshi Ohbayashi: Site officiel | Spotify | Instagram | Youtube

Photographie © N.Soninbayar, Takeshi Ohbayashi @fatcatjazzclub, Ulaanbaatar, Mongolia, 2025. @sapphiriot
Entretien et traduction par Ariunaa Jargalsaikhan avec remerciements à Madame Maylis Léon-Dufour pour la rédaction en français.